Xavier Godard
INRETS, Arcueil
On sait que lautomobile est souvent considérée comme symbole du développement et quil existe une liaison forte entre la croissance des pacs de véhicules et le niveau de revenu des pays. La corrélation entre les taux de motorisation et le PIB par tête a été relevée et analysée par de nombreux auteurs, mais ces analyses globales cachent divers phénomènes dépendant des contextes du développement, et posent la question de la validité dune loi imposant en quelque sorte lunicité dun modèle de développement reposant sur la généralisation de lautomobile.
Cette question de lextension de lautomobile avec le développement économique connaît une acuité particulière avec les pays en développement pour lesquels léventail des évolutions possibles est à priori plus ouvert. On va voir que de nombreuses interrogations surgissent à cette évocation, en particulier pour les pays dont le dynamisme économique leur confère le titre démergents. Nous nous proposons ici desquisser lanalyse du rôle actuel et potentiel de lautomobile dans les villes en développement, enjeu considérable pour le futur de lautomobile au niveau mondial, peu cerné en raison de la faiblesse des données et des moyens détude.
T1 La motorisation. Etat des lieux et tendances
La motorisation en voitures particulières est faible dans les villes et pays en développement par comparaison avec les niveaux atteints dans les pays les plus développés : le rapport se situe selon les cas entre 1 à 3 et 1 à 10, voire davantage dans les cas extrêmes. Les taux de motorisation des villes en développement peuvent être distingués selon trois groupes :
On remarquera que le premier facteur dexplication de ces différences tient au niveau de ressources, que de nombreux auteurs ont cherché à mesurer par des analyses de corrélation entre taux de motorisation et PIB par tête. La structure démographique ne doit pas être négligée pour autant car la part élevée de population jeune, hors de lage de conduire, et la taille importante des ménages ou unités domestiques modifient la portée de la faible motorisation, et nuancent les conclusions des comparaisons internationales : près du quart des ménages sont équipés dune voiture à Ouagadougou où le taux de motorisation de ces ménages nétait que de 30 voitures environ pour 1000 habitants (ce taux serait plus élevé si lon ajoutait les véhicules dadministration, dONG, etc). La taille dun ménage y est en effet de lordre de 7 à 8 personnes.
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Ville |
Parc VP |
Parc motos |
Taux motorisation (/1000 hab) |
Parc vélos (p mémoire) |
|
Alger 90 |
127 000 |
- |
69 |
- |
|
Tunis 94 |
112 000 |
|
61 |
- |
|
Bangkok 78 |
250 000 |
150 000 |
65 |
- |
|
Bangkok 91 |
1 110 000 |
1 127 000 |
263 |
- |
|
Ouagadougou 92 |
30 000 (?) |
120 000 |
210 |
60 000 |
|
Jakarta 94 |
673 000 |
1 075 000 |
210 |
- |
|
Hanoi 95 |
25 000 (?) |
500 000 |
250 |
1,2 M |
|
Santiago 91 |
405 000 |
- |
90 |
- |
|
Sao Paulo 92 |
4,3 M |
- |
243 |
- |
Sources : Godard à partir de Codatu, Inrets, Unchs
Tableau 2 : Taux de motorisation des grandes villes latino-américaines
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Ville |
Parc total de voitures |
Voitures / 100 habitants |
Date des données |
|
Asuncion Belo-Horizonte Brasilia Buenos-Aires Bogota Campinas Caracas Corboba Curitiba La-Paz Lima Medellin Mexico Monterrey Montevideo Port-au-Prince Porto-Alegre Quito Recife Rio-de-Janeiro Salvador-de-Bahia San-Salvador Santiago Santo-Domingo Sao-Paulo |
170 000 225 000 172 000 3 000 000 490 000 350 000 546 000 219 000 207 000 110 000 370 000 350 000 2 390 000 477 000 330 000 72 700 177 000 100 800 134 000 1 184 600 111 000 120 000 650 000 115 000 4 880 000 |
14,2 12,6 14,6 25,0 8,3 33,0 21,8 16,7 20,0 10,0 5,8 14,8 15,8 14,1 20,2 3,5 15,7 8,4 11,1 21,6 7,4 8,2 13,8 9,6 31,7 |
1995 1989 1989 1996 1994 1996 1997 1996 1989 1995 1995 1992 1991 1992 1995 1996 1989 1994 1989 1995 1989 1995 1996 1995 1995 |
Source : Figueroa, daprès Municipalités des villes
La forte concentration des parcs de véhicules dans les agglomérations est sans doute spécifique aux pays en développement dans la mesure où la croissance des revenus permettant à une partie des classes moyennes dacheter un véhicule seffectue essentiellement en milieu urbain.
Cette concentration est particulièrement marquée en Amérique latine, dont le taux durbanisation est historiquement très élevé, autour de 80%, tandis que les autres régions du monde en développement se situent en dessous des 50% même si lurbanisation sy accélère. Mais des phénomènes de concentration analogue sont observés en Asie ou en Afrique. On estime ainsi que 85% environ du parc des voitures particulières du Sénégal est concentré dans lagglomération de Dakar, et que de lordre de 70% des kilométrages effectués le sont dans cette agglomération
La tendance à la motorisation individuelle est une tendance lourde de cette fin de siècle, qui résulte de la convergence de plusieurs phénomènes : aspiration à l'acquisition de la voiture particulière ; croissance et hausse des revenus dune partie de la population rendant la réalisation de ces aspirations possible à partir d'un certain niveau de revenu ; facilitation de lacquisition de voitures par la libéralisation des importations de voitures d'occasion accompagnant les politiques d'ajustement structurel ; développement de lurbanisation périphérique incitant à lusage de la voiture.
La croissance des parcs de véhicules automobiles et de lusage de ces véhicules pour la mobilité urbaine se manifeste dans de nombreux cas durant la décennie 90, à loccasion des politiques de libéralisation qui diminuent fortement les prix dacquisition des véhicules, et la croissance des revenus de certaines catégories sociales bénéficiant des retombées de la relance de la croissance. Plusieurs pays dAmérique latine sont dans ce cas, de même quune majorité de pays dAsie du sud-est.
Tableau 3 : Croissance des taux de motorisation dans quelques villes dAmérique latine
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Ville |
Taux de motorisation |
année |
taux de motorisation |
année |
taux de croissance annuel |
|
Asuncion Buenos-Aires Limas Montevideo Santiago Sao Paulo |
10,0 18,9 4,4 11,6 9,0 24,3 |
1987 1991 1989 1992 1991 1992 |
14.2 25,0 5,8 20,2 13,8 31,7 |
1995 1996 1995 1996 1996 1995 |
4.48 5,75 4,71 20,31 8,93 9,27 |
Source : Divers, rassemblés par Figueroa
A lopposé, la crise économique caractèrisant l'Afrique semble avoir entraîné une baisse des taux de motorisation dans de nombreux pays, à lexemple du Nigeria dont la chute du parc de véhicules (tous types, y compris bus) daprès les statistiques officielles est impressionnante : de lordre de 165 000 unités en 1984, le parc de Lagos serait retombé à près de 100 000 unités en 1989 suite à la politique dajustement et à la dévaluation de la monnaie (naira). Mais le modèle automobile demeure présent et on peut penser que la croissance des parcs réapparaîtra dès que le contexte économique le permettra, comme divers indices le laissent supposer actuellement dans une ville comme Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Les statistiques d'évolution de parcs font malheureusement défaut, là comme ailleurs, pour suivre ce type d'évolution.
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Typologie sommaire de la motorisation dans les villes en développement
Taux inférieur à 40 véhicules pour 1000 habitants
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T2 Place de lautomobile dans la mobilité urbaine par rapport aux autres modes
La répartition modale, exprimant la proportion de déplacements effectués avec chaque mode, varie selon les contextes de ces villes :
A côté du degré de disponibilité des modes individuels, le capital de motricité, que lon peut approcher par les taux déquipement, on enregistre linfluence de la qualité de loffre de transports collectifs sur la répartition modale, et probablement dautres paramètres socio-économiques, démographiques et culturels. Ces différentes variables entretiennent des relations interactives complexes, mais ce qui importe ici pour une analyse articulée avec les orientations de politique globale est l'équilibre entre les modes, la dynamique d'évolution de cet équilibre, et la place quoccupe lautomobile dans ces évolutions.
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Ville |
Modes mécanisés |
% marche à |
||
|
|
% transports collectifs |
% voiture particulière |
% deux roues |
pied |
|
Alger 1990 |
53 |
40 |
1 |
67 |
|
Bamako 1994 |
37 |
20 |
39 moto 4 velo |
56 |
|
Abidjan 1981 |
52 |
48 |
- |
25 |
|
Abidjan 1988 |
77 |
23 |
4 |
30 |
|
Ouagadougou 1992 |
5 |
11 |
67 moto 17 velo |
40 |
|
Hanoi 1995 |
3 bus 2 lambro |
1 |
43 moto 50 velo |
9 |
|
Bangkok 1992 |
34 |
36 |
20 moto |
nd |
|
Santiago 1995 ? |
70 |
25 |
5 |
nd |
|
Buenos Aires 1992 |
67 |
29 |
4 autres |
9 |
|
Sao Paulo 1987 |
55 |
45 |
- |
36 |
Sources : Godard, à partir de Codatu, Inrets, Unchs
On voit que l'importance présupposée des transports collectifs dans les pays en développement, qui a guidé de nombreuses analyses et orienté les interventions des bailleurs de fonds pendant de nombreuses années, est en fait très variable selon les villes, et parfois cruellement démentie, pour de multiples raisons qui se conjuguent : crise interne de loffre des transports collectifs et de ses composantes d'entreprises et d'artisanat, poids des deux roues plus efficaces pour de nombreux types de trajets, usage intensif du parc disponible de voitures particulières...
La part de la voiture est à linverse plus importante que ne le laisserait supposer une image de pays en développement aux faibles ressources ; la considération des taux de motorisation nimplique pas mécaniquement une telle part dans la répartition modale. Les explications sont multiples, mais le coeur de la question se situe dans les écarts de mobilité selon les catégories sociales : ceux qui ont accès à un mode individuel, et qui appartiennent souvent aux catégories sociales les plus riches, se déplacent bien plus que les autres groupes de population. Cest finalement une minorité de population qui gonfle la part de la voiture dans lensemble des déplacements. Il faut préciser quà lautre extrême, les catégories pauvres ne se déplacent guère ou plus exactement se déplacent à pied, ce que nous nintégrons pas dans nos statistiques plus haut.
La considération dun large échantillon de villes latino-américaines indique que les transports collectifs demeurent dominants malgré une motorisation ancienne mais qui na finalement concerné quune faible part de la population : la voiture particulière ne représente dans la majorité des cas que 25 à 30% des déplacements. La situation paraît plus variée dans les autres régions du monde en développement, mais avec un poids parfois plus grand de la voiture dans un nombre limité mais significatif de grandes agglomérations dAsie (Bangkok, Kuala Lumpur), du Maghreb (Alger, Casablanca) ; cela semblait être également le cas dans les années 80 en Afrique sub-saharienne (Abidjan, Dakar) mais la dégradation du contexte économique dans la dernière décennie a probablement diminué sensiblement la place de lautomobile dans les systèmes de déplacements.
T2- Un lien variable entre motorisation et usage de la voiture
Limportance relative de la voiture dans les déplacements ne se déduit pas directement et automatiquement de la variable motorisation. Même si en moyenne la tendance va dans le sens dune corrélation, lexamen des données montre à lévidence que de nombreux facteurs interviennent jusquà perturber complètement lénoncé dune telle liaison. On voit dans le cas du Maghreb que des taux de motorisation relativement faibles (69 véhicules pour 1000 habitants en 1990) peuvent accompagner une part élevée de déplacements en voiture particulière : 40% des déplacements motorisés à Alger en 1990. Cette situation semble sexpliquer par la dégradation de loffre de transport collectif à cette période, liée à la crise de lentreprise publique non encore relayée par le secteur privé.
A linverse, on observe des villes dont le fort taux de motorisation saccompagne de faibles taux dusage, la répartition modale seffectuant majoritairement au profit des transports collectifs. Cette situation a été observée dans diverses villes dEurope de lest avant le passage à léconomie de marché : des taux de 70 à 80% pour les transports collectifs étaient enregistrés à Prague, Varsovie ou Budapest, alors que les taux de motorisation étaient nettement supérieurs à 100 véhicules pour 1000 habitants (ils se rapprochent maintenant de 300 à 350). Cette situation paradoxale était obtenue avec une politique doffre performante des transports collectifs alliée à une faible tarification, tandis que les coûts dusage de la voiture étaient élevés du fait du coût du carburant.
Les conditions dusage de la voiture, et la congestion quelles entrainent sont également variables selon les contextes mais ne peuvent pas être considérées comme la conséquence directe de la motorisation. Chacun aura pu remarquer que les villes peu motorisées sont également congestionnées, lespace de voirie réellement disponible étant généralement faible, lorganisation de cet espace étant défectueuse, et le comportement des automobilistes nétant guère conforme à des règles de bonne fluidité de trafic.
T2- Le phénomène particulier des deux roues
Dans les villes dominées par les deux roues, essentiellement en Asie, c'est le passage de la bicyclette aux motos qui est enregistré un peu partout : l'explosion du parc des motos au Vietnam dans les années 90, que ce soit à Saigon ou à Hanoi est impressionnante (parcs estimés de plus dun million de motos dans la première, de 500 000 dans la seconde) mais ne fait que renforcer une tendance enregistrée dans d'autres pays comme l'Indonésie, la Thailande ou Taiwan auparavant. Il sagit bien de motorisation individuelle et le phénomène des deux roues motorisés doit être considéré de manière tout à fait analogue à celui de lautomobile, sans amalgame mais avec une problématique commune. Il faut admettre que la moto sous ses diverses formes est un mode de déplacement à part entière, et lexpérience asiatique nous incite à penser que toute réflexion sur lusage de lautomobile et son avenir devrait intégrer une réflexion sur la moto.
Lefficacité offerte en termes de mobilité par les deux roues à moteur est sans doute supérieure à celle de lautomobile, et lencombrement provoqué par son usage est plus faible, à la fois pour la voirie et pour le stationnement. Certes dautres nuisances apparaissent en termes de pollution et de sécurité routière, mais ce serait une longue histoire à développer. Lextension du modèle deux roues motorisé, que lon observe principalement mais pas exclusivement en Asie interroge sur la durabilité de ce mode et sur ses liens avec un renforcement dun usage ultérieur de la voiture.
La crainte exprimée par des responsables burkinabè lorsque lon mettait en relief les avantages apportés par la bicyclette dans un système multimodal de déplacements était que se renforce une sorte de filière de modes individuels qui excluerait toute place pour les transports collectifs : les jeunes utiliseraient la bicyclette, pour ensuite acquérir une moto de faible cylindrée, puis passer à un engin de puissance plus élevée lorsque les ressources le permettent ; les exigences de mobilité ainsi acquises conduiraient naturellement à lachat dune voiture, exprimant le couronnement dune progression sociale, qui figure dans tous les esprits.
Une telle crainte nest pas exprimée directement par les autorités vietnamiennes, qui déclarent cependant vouloir diminuer linfluence les deux roues, et de la bicyclette notamment, au profit des transports collectifs. Des objectifs ambitieux, et même irréalistes, sont affichés, annonçant des parts modales de plus de 50% en faveur de ces derniers à un horizon rapproché (2000, parfois plus sérieusement 2010) alors que les taux actuels (1995) se situent à quelques pourcents. La voiture nest absolument pas considérée par ces autorités comme un mode susceptible de se développer, mais certains experts ont conscience de la possibilité dun scenario de développement de la voiture dans une ville non préparée, ce qui évoque lexemple repoussoir de Bangkok.
T2- Le cas décole de la Chine
La motorisation et léquipement en voitures particulières sont très faibles en Chine, ils se situent au niveau des pays les plus pauvres du monde, avec un taux global de 9 véhicules, dont 2 voitures particulières, pour 1000 habitants (les motos étant exclues de ces données).
Mais les dynamiques observées depuis le début de la décennie témoignent au contraire dune croissance élevée de ces taux, au moins dans les villes du sud et de lest les plus dynamiques sur la plan économique. Lexemple de la capitale, Beijing, est significatif puisque la part des voitures et taxis dans lensemble des déplacements mécanisés est passée de 4,2% en 1990 à 14,2% en 1994. Le nombre de taxis dans cette même ville, inférieur à 15 000 unités au début de la décennie, approchait le nombre de 60 000 en 1995, ce qui signifie une multiplication par quatre en cinq ans.
Au risque dêtre extrêmement schématique, on relèvera plusieurs traits particuliers dans le cas chinois.
Les taxis occupent actuellement une place centrale dans le phénomène de motorisation, de même que la possession de véhicules dentreprises. La propriété de voitures par des ménages pour un usage individuel nexiste pas encore en Chine, le décalage entre les revenus même supérieurs et le coût dune automobile restant trop élevé. Ceci induit des formes dusage différentes de celles relevant de léquipement en voitures au niveau des ménages, pour usage privé, individuel ou familial.
Il existe une volonté récente de développer lindustrie automobile et à cette fin des moyens ont été identifiés par les autorités pour favoriser lusage de la voiture dans les villes chinoises. Cest ainsi que la Commission dEtat au plan annonce en 1994 la politique de développement de lindustrie automobile, en visant une indépendance nationale dans ce secteur et en définissant un contexte favorable au développement du marché intérieur, en affirmant par exemple " quaucune administration ne peut user de mesures administratives et économiques pour empêcher lacquisition et lusage dautomobiles régulièrement acquises... " (cité par Doulet). Mais ces objectifs peuvent venir en contradiction avec dautres orientations définies par dautres instances, notamment en faveur des transports collectifs. On sait que le jeu institutionnel est extrêmement complexe sur un domaine comme celui-ci où sentrecroisent les pouvoirs de lEtat central et ceux des provinces, des régions et des villes.
On observe dans les années 90 une évolution sensible du modèle de mobilité lié à la structure urbaine et à lordre social dominant. La structure urbaine était auparavant fondée sur la proximité des logements et des unités de production, ne nécessitant pas de mobilité mécanisée. La bicyclette a été une première brèche dans ce modèle en ouvrant laccessibilité à des espaces urbains élargis. La déconnexion actuelle de limplantation des logements et de celle des lieux demplois implique lallongement des distances domicile-travail, lurbanisation périphérique et la diminution des densités urbaines très élevées, louverture de nouveaux espaces à lurbanisation relevant de dessertes par lautomobile. Bref on observerait des évolutions analogues à la périurbanisation fondée sur lusage de la voiture que lon a observée dans les pays les plus développés.
Tableau 5 : Répartition modale dans quelques agglomérations chinoises (%)
|
Ville |
Beijing 1990 |
Beijing 1994 |
Shanghai 1986 |
Guangzhou 1986 |
Guangzhou 1992 |
|
Transport collectif |
38,0 |
34,4 |
42 |
44 |
31 |
|
deux roues |
57,8 |
51,4 |
53 |
48 |
57 incl 9% motos |
|
taxi |
1,3 |
8,4 |
5 |
3 |
8,5 |
|
VP |
2,9 |
5,8 |
|
4,5 |
nd |
Sources : Doulet (1997), Stares (1996), Midgley (1994)
Des scenarios de croissance de la motorisation dans les villes chinoises, fondés sur des calculs délasticité/revenu dans différentes hypothèses de croissance économique et de densité urbaine indiquent des taux de croissance des taux de motorisation dans les villes se situant entre 10 et 20% par an. Les taux de motorisation pourraient ainsi atteindre en 2020 une valeur dépassant les 200 voitures pour 1000 habitants, se rapprochant ou dépassant le niveau observé actuellement dans des villes comme Séoul ou Singapour.
T2- Lusage de lautomobile se développe à la faveur de la crise des transports collectifs
Plusieurs exemples indiquent bien que la motorisation et lusage de la voiture sont renforcés par la crise des transports collectifs. Sil est vrai que cette crise des transports collectifs peut être imputable en partie à lautomobile, en raison de la congestion subie par les autobus et provoqué par les voitures particulières dans un espace de voirie nécessairement limité, dautres causes plus internes au statut des transports collectifs (productivité globale, gestion, forme de propriété et entreprenariat, etc) peuvent être invoquées pour expliquer ce basculement vers la voiture particulière. La crise du service public et le tarissement des subventions aux entreprises sont une première expression de ces causes internes. Le déficit doffre de transport, qui se constate visuellement par les files dattente aux stations et la surcharge à bord des véhicules, et qui se confirme à travers les indicateurs doffre, est une autre expression de cette crise qui favorise le transfert potentiel vers la voiture particulière.
T2- Débats et interrogations sur les nuisances dun usage non maîtrisé dans les villes en développement
On a des raisons de penser que la mobilité individuelle est facilitée par la disposition de moyens individuels, même si ceux-ci comportent naturellement des limites collectives d'autant plus fortes que les individus n'en ont pas conscience. Ces moyens individuels sont la voiture particulière, mais aussi la bicyclette ou la moto. Cette relation entre niveau de mobilité et disposition d'un mode individuel, parfois désignée comme capital de motricité, est suggérée par de nombreuses observations au niveau du comportement microéconomique des individus comme au niveau global des agglomérations.
Mais on peut craindre que la tendance soit celle dune forte extension, non maîtrisée, de la possession et de l'usage des voitures particulières dans un environnement urbain peu adapté. C'est notamment le constat que fait la Banque mondiale dans son dernier document de politique sectorielle. Ce qui est spécifique aux pays en développement, et de ceux qualifiés démergents, est la rapidité des changements qui les caractérisent : croissance urbaine, extension des parcs automobiles... Le nécessaire apprentissage collectif dun tel outil nest pas effectué correctement ce qui entraine les multiples disfonctionnements sexprimant par des taux daccidents très élevés ou de la congestion tendant à annuller les potentialités
Le débat sur la durabilité est engagé dans le domaine urbain comme ailleurs et la place de lautomobile dans les systèmes de déplacements est lun des éléments de ce débat. Si les préoccupations en termes de pollution, quelle soit locale ou mondiale à travers les gaz à effet de serre, sont encore faibles, les interrogations et débats se généralisent dans les instances internationales sur des évolutions des systèmes de déplacements qui ne reproduiraient pas le modèle des pays les plus développés.
T2- Conclusion : des interrogations fortes pour des données faibles
Les interrogations sur les évolutions en cours sont nombreuses et importantes car les enjeux sexpriment à la fois en termes économiques et sociétaux au niveau mondial, que ce soit pour lindustrie automobile et ses activités dérivées, ou pour le fonctionnement des villes et les conditions de vie de la majorité de lhumanité qui vit dans des villes.
Linterprétation de ces évolutions, les diagnostics, projections et scenarios sur la place future de lautomobile sont soumis à la disponibilité dinformations pertinentes. Or les données fiables font cruellement défaut sur les indicateurs de base que sont les parcs de véhicules et leur composition, les kilométrages effectués, les taux de remplissage. Les évolutions de ces indicateurs sont encore plus difficiles à saisir, de sorte quune mobilisation importante devrait avoir lieu de la part des milieux professionnels concernés pour améliorer les connaissances dans ce domaine de façon ensuite à en accroître la maîtrise.
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